MON HISTOIRE

Les faits relatés ici sont la vie que j'ai vraiment vécu durant deux ans à bord de la DURANCE.

En effet, j'ai été incorporé dans la Royale pour y faire mon service national comme Volontaire Service Long (VSL)en tant que mécanicien.
Tout a commencé le 4 août 1986, quand j'ai quitté ma Savoie natale pour le centre d'Instruction Naval de Querqueville à côté de Cherbourg. Je faisais parti de la toute première promotion de Volontaire Service Long. Durant un mois et demi, on nous a appris les bases pour devenir un bon marin.
A l'issue de cette formation, il y avait un examen. Etant parmi les premiers de ma promotion, j'ai pu choisir mon affectation. Mon choix s'est porté sur un bâtiment de soutien, où la vie y était moins "militaire" que sur les véritables bateaux de guerre. Ce navire s'appelait la DURANCE.

Le lundi 8 septembre 1986, quand j'ai débarqué à Brest, je me suis rendu à l'arsenal pour embarquer. Quand j'ai aperçu dans l'ombre du jour qui se lève la silhouette de la DURANCE, je peux vous dire que je suis tombé sous le charme.
A peine avais-je franchis la coupée que déjà l'odeur très particulière que posséde chaque bateau m'emplit les narines.
Après mon passage chez le Bidel ou plus communément appelé Capitaine d'Arme, je fus amené au bureau "Machines". Là on me donna toutes les consignes et on régla les détails pratiques tels que l'attribution du poste où j'allais pouvoir m'installer; c'était le poste K113, ainsi que le service où je serais affecté.
On m'affecta à la propulsion. Ce service avait en charge le fonctionnement et l'entretien des deux moteurs de propulsion et des deux alternateurs (que l'on embrayait lors des ravitaillements à la mer (RAM)).
Les premières semaines passèrent vite, car entre ma formation à mes diverses tâches à bord (ronde de sécurité, corvée à la cafétéria et mon travail aux machines) et mes formations au centre incendie du Portzic, je n'avais guerre le temps de m'ennuyer, d'autant plus que la DURANCE était en plein IPER (Indisponibilité Pour Entretien et Réparation). Lors de cet IPER tout était démonté pour révision. Pour notre part, les deux moteurs diesels étaient totalement démontés et envoyés a l'arsenal pour y être révisé.

Le mardi 4 novembre fût un grand jour pour moi. En effet le pétrolier entra au bassin de Lanninon pour y être mis en cale sèche pour un peu plus de deux mois. J'étais heureux car je me disais que cette expérience ne m'arriverait qu'une fois dans ma vie.

Etant en cale sèche et n'ayant à cette occasion pas trop de travail, on me demanda d'aller faire une subsistance sur un autre navire. C'est comme ça que j'ai embarqué le 12 novembre 1986 sur l'Escorteur d'Escadre LA GALISSONNIERE pour la mission BRUMAIRE.
Nous appareillâmes en milieu de matinée, pour deux jours de mer afin de rejoindre El Ferrol au nord de l'Espagne. Après trois jours d'escales, nous repartimes vers les îles Canaries, que nous touchions trois jours plus tard. Nous accostions à Las Palmas pour cinq jours de détente. J'en profitais pour visiter le sud de cette île en me rendant à Maspalomas. Nous repartimes ensuite pour Brest en passant par Lisbonne au Portugal afin d'y faire une escale technique de 24 heures. Nous arrivâmes dans le port du Ponant le vendredi 5 décembre en fin d'après midi.

Je retrouvais la DURANCE dans le bassin de Lanninon entouré d'échafaudages, cela pour refaire la peinture complète de la coque.
La fin de l'année arrivait et les vacances aussi. Je rejoignis ma famille en Savoie pour les fêtes de Noël. De retour à Brest le 29 décembre, je passai le réveillon du jour de l'an à bord en compagnie du personnel qui était de service comme moi ce jour là.

Le 14 janvier, des essais de mise en eau, eurent lieu, et ce afin de vérifier si tout allait bien au niveau de la coque. Le lendemain, en début d'après-midi, la DURANCE sortit de son bassin pour aller accoster au quai d'armement, juste à côté de son sister-ship : la MARNE.

La période d'entretien arrivait bientôt à son terme et les premiers essais commencèrent. Le 6 février eurent lieu les essais des deux moteurs de propulsion. Puis le 12 février nous appareillâmes pour deux jours d'essais à la mer, dont un essai de PMP (Puissance Maximum Permise) des deux moteurs et un essai des deux alternateurs. Le 17, une journée d'essais eut lieu.

Le 22 février fût un grand jour pour moi. En effet je partais pour ma première mission à bord de la DURANCE. La mission Okoumé 87, puisque telle était son nom nous fit prendre la route du sud. après quatre jours de mer, nous arrivâmes à Las Palmas aux îles Canaries pour quatre jours d'escale. Ayant déjà visité le sud de l'île lors de mon dernier passage avec la Galissonnière, je partis découvrir le nord de cette île volcanique. Le premier jour, je visitais de jolis petits villages tel que Agaete et Puerto de Las Nieves.
Le lendemain, je partis en excursion dans le centre de l'île. Je pus admirer le Mirador de Bandama, le Parador de Tejeda (culminant à 1450 m et d'où on peut voir par temps clair l'île de Tenerife) et Teror avec sa basilique.

Le 3 mars dans la matinée, nous quittions les Canaries pour six jours de navigation qui nous emmenaient vers Dakar au Sénégal.
Dès notre arrivée un détachement de l'armée de terre nous avait organisé une excursion au lac Retba, plus connu sous le nom de lac rose. Le lendemain, nous sommes allés visiter deux villages typiquement sénégalais : Joal et Fadiouth. Après un jour de service, nous sommes allés dans le sud du pays pour visiter le domaine de Nianing. Au terme de quatre jours d'escale, nous appareillâmes pour Abidjan en Côte d'Ivoire.

Le 19 mars nous arrivâmes à Abidjan. Durant les quatre jours de relâche que nous avions, j'ai pu visiter Abidjan, mais surtout j'ai pu aller à Yamoussoukro, ville démesurée au milieu de la brousse située à 300 kms. d'Abidjan.

Nous appareillâmes et au terme de huit jours de mer nous accostions dans le port de Funchal sur l'île de Madère. J'en profitais pour visiter cette île en en faisant le tour. Après trois jours d'escale, nous reprîmes la mer pour rallier notre port base : Brest. Nous retrouvions la Bretagne quatre jours et demi plus tard.

Dès le retour de cette mission, j'ai pu rentrer chez moi, en Savoie pour une douzaine de jours.

N'étant pas ressorti en mer depuis le retour de la mission Okoumé le 7 avril, nous appareillâmes le 6 mai pour une journée d'essais.

Du 11 au 21 mai nous avions un stage avec le Centre d'Entraînement de la Flotte. Durant deux semaines se sont enchaînés les divers exercices : incendies, machines, RAM etc.

Le 26 mai, la frégate CASSARD vient se mettre à côté de la DURANCE, afin de procéder à des essais de ravitaillement. En effet, le CASSARD était en essais afin de pouvoir être admis au service actif.

Le 29 mai, nous appareillâmes pour une passage sur les boucles en rade de Brest puis nous partîmes pour une semaines en mer pour effectuer des RAM. Certaines journées étaient chargées avec huit ravitaillements à effectuer. Durant cette semaine nous avons ravitaillé le DUPLEIX, le MONTCALM, le PRIMAUGUET, le Du CHAYLA, le De GRASSE, le DUGUAY-TROUIN, la GALISSONNIERE et le DUPETIT-THOUARS.

le mardi 9 juin, nous partîmes pour l'exercice KORRIGAN qui dura trois jours et demi. Cette mission se déroulait avec l'Armée de terre. Il y eu donc des exercices d'appontage avec les Gazelle de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT).

Les 16 et 17 juin, nous quittions Brest pour une sortie avec des réservistes et pour faire des essais à la mer de RAM avec le Cassard.

Durant les vacances d'été, le personnel partait par moitié, une moitié en juillet et l'autre en août. Je regagnais donc mes montagnes pour les vacances.

A la rentrée, au mois de septembre, nous reprîmes la mer. Nous partîmes du 2 au 14, avec une coupure de deux jours les 8 et 9, pour la mission OCEAN SAFARI. Lors de cette mission se succédèrent les ravitaillements à la mer et divers exercices.

Au mois d'octobre, nous partimes pour la mission NORD 87. Lors de cette mission , nous fimes escale à Copenhague au Danemark et Hambourg en Allemagne.

Puis les événements dans le golf Persique s'intensifièrent. La DURANCE dut appareiller pour s'y rendre. Mon contrat arrivant presque à son terme, je fut affecter, le 20 novembre 1987, pour les quelques mois qui me restaient à servir sur le dragueur océanique BERLAIMONT.

Avec ce navire de nouvelles missions m'attendaient. La chasse aux mines est une des missions de la Marine Nationale. Cette mission est passionnante.

Avec le BERLAIMONT, j'ai donc pas mal naviguer, de Dunkerque, où nous avons rendu visite à notre ville marraine : BERLAIMONT, à l'île d'Yeu en passant par la baie de Somme, en traquant les mines de la dernière guerre.

Le 31 juillet 1988, j'étais libéré et c'est non sans un pincement au coeur que je débarquais et que je quittais la Bretagne.

Signez mon Livre D'or

© Tous droits réservés 1999-2000 Jean-Jacques BOUVIER